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Comando Plath

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Chroniques péruviennes. Épisode 4: Comando Plath

Por Claire Luna
Initiatives féministes au Pérou.

Toujours en écho à notre hors-série consacré à l’Amérique latine (que vous trouverez ici), la suite de ces chroniques, avec Claire Luna, s’intéresse cette fois au Comando Plath, l’une des initiatives défendant l’égalité entre hommes et femmes dans le milieu culturel péruvien.

« Je n’y arrive pas. Je n’y arriverai pas. Sans m’en rendre compte, je commençais à me sentir la naufragée secrète d’un siège silencieux. Le commando avait-il commencé a opéré ? Peu à peu, les bouches se sont ouvertes et je sentais les corps s’assouplir en dépit de l’inconfort impérieux. Puis les rires fusaient, et parfois, même, je ne comprenais plus ce qu’elles disaient parce que leurs voix “cacophoniaient”. » Victoria, avec qui j’échange depuis plusieurs semaines par téléphone, est malade. On ne parle pas encore du coronavirus, même si l’époque du confinement n’est plus très loin. Ce jour-là, je reçois Becky, Roxana et Teresa à la résidence Al Lado, à Lima, où l’on se rencontre pour la première fois.

« C’est parti d’une fâcheuse histoire qui est arrivée à l’une d’entre nous, me disent-elles. On a créé une page Facebook, qui nous a dépassées. Nous sommes devenues un commando de 600 femmes en quelques jours. Toutes liées, d’une manière ou d’une autre, au milieu culturel. »
Exaspérées par le harcèlement et le machisme dans le milieu littéraire et culturel péruvien, ce groupe de femmes écrivaines, artistes et intellectuelles a créé le Comando Plath le 29 août 2017, dans le but de « rendre visible [leur] travail et dénoncer la violence du système patriarcal ». Elles y avaient trouvé un espace de liberté où elles pouvaient s’exprimer. Comme Ni una menos [Pas une de moins] (1), c’est une « alluvion » sociale dont tout le monde peut faire partie.

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Intervention du Comando Plath sur une photographie du mouvement mythique Hora Zero [Heure Zéro], accrochée à l’un des murs du Queirolo, café historique du centre de Lima. Des visages d’écrivaines recouvrent ceux de chacun des membres du mouvement, tous des hommes dans cette photographie. Une fois partagée sur les réseaux sociaux, les commentaires condamnant ce constat, les applaudissements et les injures n’ont pas tardé à apparaître.

SOURCE INTARISSABLE

Leur premier manifeste, daté du 8 septembre 2017, est un échantillon d’une source intarissable de réflexions que les femmes ne cessent d’entendre dans ce milieu : « Ceci n’est pas un poème. C’est ce que vous, oui vous, nous dites avec la plus grande outrecuidance tous les jours. Ici, nous vous rendons vos mots. » J’ai partiellement traduit ce manifeste ci-dessous.

Comment tire une poétesse ?

[…] Tu es toute une découverte, tu écris bien pour une femme
Tu es une femme différente, tu fais de l’économie, les femmes n’ont pas l’habitude d’être intelligentes d’un point de vue analytique […]
Tu serais une meilleure poétesse avec un peu moins de vêtements […]
Ne fais pas semblant, dis-moi avec qui tu as couché pour être ici […]
Tu as l’air plus bête dans tes poèmes […]
Et, c’est sûr qu’ils ont été nombreux les mecs que tu as baisés depuis 1999, hein. Que faut-il faire pour entrer dans le club ?
Ne le cache pas, tu le voulais […]
Arrange-toi un peu, je ne sais pas… tu es trop masculine
Vous êtes mariée ? Vous avez des enfants ? Je vous conseille de reconsidérer vos priorités […]
Tu devrais être plus féminine dans tes poèmes […]
Tu écris comme un homme
C’est sûr que c’est ton ex qui t’a donné l’idée […]
Ça y est, les poètes femmes viennent parler de leurs orgasmes […]
Oh ne t’offense pas, ici nous on valorise la poésie féminine, vous êtes tellement émotives […]
C’est plus facile qu’ils t’invitent à un festival de poésie, tu sais les femmes sont toujours les « fleurs » d’un événement quand elles sont jolies
J’ai beaucoup aimé ta poésie, ça te dit de sortir avec moi, on parle de ta poésie et je te conseille sur tes lectures ? […]
Tu as un enfant maintenant, ces choses-là ne sont pas pour toi
Ça ne me convient pas que tu travailles parce que je dois payer la nounou […]
Qui t’a sorti de la cuisine pour que tu puisses donner ton opinion ? […]

Le jour où elles sont venues me voir, ou la veille peut-être, elles avaient eu une réunion au Centre culturel d’Espagne de Lima pour discuter des formes et des contenus de Fiera, premier festival de littératures et d’activismes de l’histoire du Pérou, créé par ce collectif. Pour sa première édition – qui aurait dû être inaugurée en juin prochain –, elles souhaitaient mettre en valeur les pratiques communautaires de leur pays, montrer un échantillon de ce qu’est le Pérou, en invitant des représentant.e.s de ses différentes régions et langues. Le festival était prévu sur trois jours, notamment avec une poétesse shipibo (2) tissant et déclamant des íkaros. « Nous voulons montrer que le tissu est une forme d’écriture », déclarent-elles. Íkaro, en langue shipibo-conibo, est le nom commun donné aux « chants magiques et sacrés utilisés en médecine traditionnelle d’Amazonie péruvienne » (3). Elles poursuivent : « Les poètes indigènes pratiquent beaucoup l’oralité, il n’y a presque aucun livre. Le critère n’est pas le nombre de publications ! Nous souhaitons décoloniser l’idée de ce qu’est la littérature, la poésie ou encore l’écriture. Notre préoccupation a toujours été la sous-représentation des femmes dans le monde public de l’écriture et les violences au sein du cercle des lettres. Chaque champ a ses manifestations qui lui sont propres et ses violences spécifiques. Si tu es une ouvrière textile, le type de harcèlement, de violence, est lié à l’espace dans lequel il s’organise. »

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À gauche, « logo » du Comando Plath ; à droite, #8A _Avortement légal pour ne pas mourir, intervention sur le portrait de Clorinda Matto, écrivaine, journaliste et activiste politique péruvienne du 19e siècle, qui défendait les droits de la femme. Le Commando Plath actualise cette figure à l’occasion du premier congrès international dédié à sa vie et son œuvre à Cusco. © Comando Plath

 

DOUZE HOMMES

La création de la Fiera n’a pas été la seule intervention du Comando Plath. « Ils étaient douze. Le groupe de représentants (4) qui inaugurait la Fil [événement le plus important de l’industrie du livre au Pérou] était exclusivement composé d’hommes. Douze hommes. La seule présence féminine trônait derrière eux. Sur le mur, était accroché le portrait de cette grande chanteuse afro-péruvienne à qui ils rendaient hommage. Sans le commando et ses singularités, l’événement n’aurait pas pris corps de cette façon et n’aurait pas eu un tel impact. C’est difficile d’équilibrer Mario Vargas Llosa [prix Nobel de littérature en 2010] avec un.e autre écrivain.e péruvien.ne. Encore plus difficile avec une femme…, me confient-elles. Vargas Llosa n’a même pas parlé du problème, n’a formulé aucune réaction. Il a une position claire, il est réactionnaire. Cette année-là [2019], à la différence des précédentes qui ont toujours accueilli un pays invité, c’était l’univers Vargas Llosa qui était à l’honneur ! Là, on a publié un communiqué. On a dénoncé. L’année passée, nous avions simplement révélé les chiffres pour quantifier le nombre d’écrivaines, leur participation aux tables rondes, échanges ou présentations. Beaucoup se sont excusés. C’était un comble. Pour nous, c’est une petite victoire. Aujourd’hui, on ne peut plus faire ça. »

Pour que plus de femmes obtiennent la reconnaissance qui leur est due dans leur milieu professionnel, la plateforme Comadres, elle, passe au peigne fin les sommaires, les index et toutes les listes possibles de collaborations éditoriales ou événementielles. Elles ne vont pas à l’affrontement comme le Comando Plath. Elles se chargent de repérer et de communiquer les noms de spécialistes aux entités concernées, qui ne les auraient pas prises en considération. Elles font en sorte que les femmes bénéficient de l’espace qui leur revient en rompant avec cette résistance générale.

Claire Luna

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ni_una_menos.
(2) Les Shipibos-Conibos sont un peuple indigène d’Amazonie péruvienne qui vit le long du fleuve Ucayali. Ils sont connus pour leur pratique de guérison et leur production artistique, dans laquelle on retrouve souvent le motif du kené, conçu par les femmes.
(3) « Ce sont des chants utilisés par les guérisseurs.ses, en particulier les Shipibos. Il en existe de différents types et sont tridimensionnels : énergétiques, sonores et sémantiques. Par ces chants, on invoque les esprits et on sollicite leur aide et leur intervention. Ils ont été déclarés Patrimoine culturel de la Nation le 15 juin 2016. » Chez bien d’autres peuples indigènes d’Amazonie, on utilise le chant magique. « Dans les rituels de ces cultures […], on peut les associer à l’usage de plantes […] comme le tabac, l’ayahuasca, le cactus San Pedro ou encore le yopo. » Source : https://es.wikipedia.org/wiki/Íkaro, consultée le 20 avril 2020.
(4) Dont le président de la République, le maire de Lima, le maire du district qui accueillait la foire, le ministre de la Culture ou encore Mario Vargas LLosa.

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Couv. : La revue Pesapalabra a publié un extrait du deuxième manifeste du Comando Plath, « Le je lyrique hurlera tant qu’il vivra dans un pays de violeurs », d’abord diffusé sur les réseaux sociaux le 24 octobre 2017, quelques jours après le recensement national. La colère reste intacte.

 

Crónica originalmente publicada en artpress.com

About The Author

El Comando Plath surge del hartazgo. Hartazgo de ser estereotipadas, hartazgo de ser invisibilizadas, violentadas y ridiculizadas. El Comando Plath somos un grupo de mujeres escritoras, artistas e intelectuales. El Comando Plath somos todxs.

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